Le monde du transport aérien est un monde à part avec ses codes, ses modes de reconnaissance, ses coutumes, et maintenant, ses écrivains ! Des écrivains qui ont traversés
ce monde et qui prennent visiblement plaisir à nous conter les anecdotes et les histoires truculentes qui font naître les légendes...
Philippe Doumenc est de ceux-là. Ayant travaillé plusieurs années pour une grande compagnie aérienne, avec « Un tigre dans la
soute », il nous offre plusieurs nouvelles et nous fait partager ses mésaventures comme agent au sol. Des nouvelles très différentes autour d’un noble chat ayant élu domicile dans de
vulgaires hangars, autours de comptables anciens de l’Indochine, d’un diplomate à la recherche de sa jeunesse, ou encore bien évidemment d’un tigre coincé dans une soute...
Des nouvelles au style agréable et travaillé qui présentent un monde où la moindre des situations un tant soit peu délicate peut
rapidement s’avérer totalement loufoque...
Une lecture plaisante mais un peu inégale...
A la suite du « Sultan de Palerme », Ali Tariq choisit de mettre en scène un nouveau personnage clef de l’Islam médiéval. Le roman commence lorsque
Salah al-Din, Saladin pour les Occidentaux, choisit un érudit juif, Ibn Yakoub, pour immortaliser le récit de sa vie et de ses conquêtes. Nous traversons ainsi avec lui les pays d’Islam
passant du Caire à Damas sans oublier Jérusalem, ville symbole qu’il reprend aux Croisés, en 1187. L’homme de lettres, choisi pour établir l’histoire officielle, passe alors de longues
heures à écouter le Sultan et entre dans le cercle intime du pouvoir où se mèlent grande et petite histoire, intrigues du sérail et secrets du Harem, ... Ibn Yakoub en confrontant le récit de
Saladin à celui de ses proches, fidèles compagnons ou concubines rédige ainsi la somme que le conquérant de l’Islam attendait. C’est cette somme qui nous est proposée.
Tariq Ali nous conduit dans un roman historique fleuve et parvient habilement à retracer la vie quotidienne d'un homme dont on sait peu de choses. Il mêle l’Histoire au romanesque et parvient à
combler les vides que les historiens ne peuvent renflouer. Comme Yasmina Khadra, mais dans un autre genre littéraire, Tariq Ali avec ce deuxième titre de son « Quintet de l’Islam » et
après « Le Sultan de Palerme » montre l’Islam sous un autre jour, médiéval celui là, où ses fidèles côtoient Juifs et Chrétiens, s’aiment malgré leur sexe, ou encore pratique « le
vol des anges » ;-) Un roman agréable malgré quelques longueurs mais qui plaira aux aficionados du genre...
De mon côté, j’ai toujours du mal à entrer dans un roman historique, toujours à la recherche du vrai et du faux, alors qu’il suffirait juste de se laisser porter, me direz-vous. Mais Tariq Ali ne
facilite pas la chose, sans doute pour rendre accessible son roman, en usant de tout petits anachronismes : système de mesure anglais, datation occidentale... Autant de petits détails qui ne
gêneront pas la majorité des lecteurs mais m’ont tout suite replongé dans mes névroses ! Tariq Ali livre un roman plaisant, qui aura eu au moins l’avantage de me donner envie de rouvrir mes
livres d’histoire... Retour aux sources... Chasser le naturel...
De tous les livres d’Erik Orsenna que j’ai lus, voici sans aucun doute le plus personnel d'entre eux. Celui qui livre une bonne partie
des clefs.
Partant de la relation avec son frère cadet, celui qui a trouvé l'amour unique, Orsenna nous conduit dans sa vie comme dans ses voyages. Naviguant dans des eaux souvent incertaines de l'amour, il
s’arrête sur quelques îlots pour souffler et nous parle de ses rencontres : sa famille, ses amis et surtout, une femme qu’il a tant aimée. Un "Soleil" qu'il va pleurer au bout de quatre ans.
L’Académicien sans âge se livre alors à nous, libére ses fantômes et partage ses peines, cherchant son avenir.
Rapidement, comme à son habitude, Orsenna nous porte et l’on s’attache. On s’attache à un homme blessé qui, pour la plus grande part de sa vie, aura cherché. Une quête qui explique ses voyages,
ses interrogations, son engagement. Si je préfère le Orsenna raconteur d’histoires ou partageant ses voyages avec nous autour d'un bon verre, ce récit n’en est pas moins émouvant et apporte
beaucoup sur un écrivain qui ne cesse de m’étonner par la diversité de son œuvre. Impossible pour lui de faire carrière ou de s'installer dans une catégorie littéraire. Un style à part, (trop?)
léger, qui crée une intimité avec l'auteur. Le sentiment de parler à un ami qui conduit la conversation et de parenthèses en parenthèses arrive à son but.
Seulement, avec ce récit j'ai eu l'impression de marcher à la frontière de l'impudeur, comme avec nombre d'ouvrages de cette veine. Une intimité dévoilée à tous qui me jette dans le
camp des voyeurs et m'installe dans un sentiment de malaise. Heureusement, Orsenna est habile et contrairement à ma première impression, sa force est finalement de rester à la frontière de la
pudeur - ou du moins à nous le faire croire - en apportant sa pierre à l’édifice.
Si ce n’est pas le livre d’Orsenna que je préfère, j’y ai malgré tout été touché par l’humanité et les réflexions d’un homme frappé par la vie et qui se cherche un avenir. Un beau témoignage sur
l'amour sous toutes ses formes.
Etgar Keret à travers une cinquantaine de nouvelles, parfois d’à peine une page, montre tout son talent d’écrivain dans un genre
littéraire qui n'est pas réputé des plus faciles. Des histoires aux styles très différents passant de l’humour, à l’absurde sans oublier un petit détour par les frontières du fantastique...
Et une chouette couverture !
Un chauffeur de bus qui ne s’arrête jamais derrière les personnes qui courent après lui ; un homme qui se séquestre chez lui et
tire sur sa réussite et sa fortune ; un frère déprimé qui a tous les droits ; un autre frère qui vole la copine du caïd du lycée ; un homme qui a uriné sur la porte de son
ami ; un magicien qui trouve malgré lui le succès sanguinolant... Autant de thèmes qui permettent à Etgar Keret de mettre son talent en mouvement pour nous faire rire, ou nous émouvoir en
quelques pages, voire en quelques mots.
Un côté de la littérature israélienne qui m’avait échappé et que je rattrape ici avec joie. Des nouvelles à lire pour les
amateurs de genre tant l'exercice est réussi. Evidemment comme la majorité des recueils de nouvelles, on aurait voulu en voir certaines plus longues et se souvenir de toutes. Mais si elles se
lisent vite, quelques unes seulement s'installent en nous.
Un livre qui a reçu le label « Cathe » ;-)
Après l’histoire de l’amour, j’ai décidé de m’attaquer à l'histoire du langage... Je reprends les bases...
Ils sont donc trois scientifiques et une journaliste à s’être penchés, souvent avec humour, sur la question de ce qui nous constitue en tant qu’Homme.
Pascal Picq est paléo-antrhopologue, Laurent Sagart est linguiste et Ghislaine Dehaene est neuro-pédiatre et à eux trois, aidés par la
journaliste Cécile Lestienne, ils vont décortiquer ce mécanisme qui permet de communiquer, de structurer et d'échanger nos pensées, d'ordonner ou encore de
séduire.
Quand sont apparus les premiers signes du langage ? Pourquoi nos cousins les singes ne parlent-ils pas, eux ? Quels ont été les premiers mots échangés ? Quels mécanismes
d'apprentissage ? Pourquoi nous faut-il autant de temps pour maîtriser notre langage ?
C’est dans ce petit livre que vous trouverez toutes les réponses à ces questions. Même à celles que vous n'aviez pas imaginées. Et c'est là l'intérêt du genre, éveiller la curiosité et nous faire
réfléchir sur des domaines à la frontière de l'histoire, de la science et de la philosophie... Pas moins que cela ! Une collection qui me séduit de plus en plus, même si, pour être honnête, je
dois avouer que certains passages m’ont paru un peu confus... On se perd parfois dans l'évolution de l'espèce ! Mais la présentation sous forme de questions/réposnes rend l’ensemble plutôt vivant
et régulièrement je sais que je rendrai visite à la collection "des plus belles histoires" !
C’est en 1983 qu’est né cet
ouvrage réédité cette année par Hazan dans la collection de poche « Bibliothèque des arts ». A la suite du décès d’Olivier Froux et de sa compagne, ami très proche de Raymond Depardon
et monteur de ses documentaires, Serge Toubiana pousse le photographe cofondateur de l’agence Gamma à lui rendre hommage par un livre. Seulement Raymond Depardon ne le peut pas sur l’instant et
choisit de retourner sur les traces d’un voyage fait avec Olivier Froux dans le « désert américain », celui des grands espaces, des cow-boys et des indiens.
Ce livre est une déclaration d’amitié et le difficile parcours de deuil d’un très grand photographe touché par la perte d’un ami. Les photos en noir et
blanc et les sobres légendes qui les accompagnent, les passages entre son voyage actuel et les souvenirs de l’ami disparu, font renaître de manière pudique et émouvante les liens qui unissaient
les deux hommes. Pour décor à cet hommage, la part mythique des Etats-Unis se dresse devant nous, filtrée par l’œil critique et artistique de Raymond Depardon.
Un bel hommage et un beau livre chargé de tristesse et d’interrogations à (re)découvrir.
Voici une petite BD au format très agréable qui n’est autre que le journal de bord de Cati Baur, connu par les blogeurs sous le pseudo de Princesse Capiton, qui y consigne
ses petites avancées contre la cigarette. Elle affirme être une « ouineuse » et ce défi ne lui fait absolument pas peur... au début du moins. Car derrière chaque jour nouveau se cache
un obstacle de plus : la soirée entre amis, les kilos en plus, les trop faibles encouragements de l’entourage qui ne se rend pas compte, la tristesse qui s’installe... Je continue pour ceux
qui souhaiteraient arrêter ;-)... Bref, elle va alors entrer alors dans le tunnel que tous les anciens et anciens-anciens fumeurs ont emprunté... Ca fait peur d’un coup,
non ??
Une bande dessinée noir et blanc, aux personnages sympathiques et aux réflexions parfois droles, sans oublier les petits clins d’œil aux garçons. Pour ma part, si j’ai apprécié certaines des
situations et si les réflexions sur les difficultés à arrêter sont véritablement bien traduites, je m’attendais à vrai dire à un plus d’humour. C’est la première BD de Cati Baur mais j’attends
son deuxième album...
Partant de quelques photos jalonnant sa propre vie, Annie Ernaux nous propose de dessiner une autobiographie « impersonnelle » qu’elle a voulu en
partie collective. Concept original. Se mêlent ainsi au gré des informations personnelles des éléments de la mémoire collective qui ont fait sa propre histoire.
Issue de la génération du Baby boom, Annie Ernaux évoque son enfance de l’immédiate après guerre et passe en revue les années 1950 jusqu’aux années 2000. Entre, les révoltes, l’espoir de la
gauche, les désillusions de la société de 68 ou encore le modernisme actuelle. La transition de chaque période est assurée par des photos qui la montrent traversant les âges. On découvre ainsi
l’auteur entre ses engagements et les souvenirs à la fois personnels et collectifs qui ne manqueront pas de faire sourire le lecteur, tant elle sait si bien, par quelques objets, quelques
expressions ou autres accessoires vestimentaires, faire ressurgir les parfums du passé, sans tomber malgré tout dans la nostalgie.
On y découvre donc une femme dans sa génération, engagée, pouvant désormais choisir sa vie et jouir de la liberté. Ce livre m’a plu par son style, mais également parce que l’auteur y croque
remarquablement les époques et ravive notre mémoire par des petits détails oubliés. Seulement, une impression de catalogage m’a sorti parfois de l’œuvre et le les références collectives qui ne
m’appartiennent pas m’ont exclu d’office du livre, ce qui est dérangeant. Mais ce livre m’a offert un très agréable moment de lecture et reflète parfaitement la vie d’une partie de ces femmes du
« baby boum » qui ont fait l’apprentissage de la liberté, mais plus généralement à l’ensemble des femmes, même d’aujourd’hui, qui ne manqueront pas de s’identifier à l’auteur.
Voici l’histoire vécue
de Judd Winick qui en 1994 a participe à l’émission Real World, une émission de télé-réalité de MTV. Jeune illustrateur qui peine alors à signer ses premiers contrats, Judd se décide à
présenter sa candidature pour une émission qui propose de filmer jour et nuit plusieurs personnes réunies pour une colocation. Contrairement au « Loft » français, chacun des candidats
pouvait cependant sortir et continuer ses activités en dehors.
Peu de temps avant le début du
tournage, Judd est mis au courant que l’un des candidats est homosexuel et séropositif. Mais il n’en connaît pas l’identité. Les préjugés se bousculent en lui, malgré son coté
« progressiste » comme il se présente, non sans humour. Dès le premier jour, Pedro Zamora son partenaire de chambre lui annonce la nouvelle et se révèle... Il se rend compte alors qu’il
n’est pas si difficile de parler avec un séropositif, et que s’en faire un ami est tout à fait envisageable... C’est d’ailleurs ce qui se produit. Rapidement les deux jeunes hommes se rapprochent
et se lient d’une amitié très forte. Une amitié sincère qu’ils partageront avec Pam, autre candidate, et qui les conduira à se soutenir jusqu’au bout... Et de cette émission Judd Winick
ressortira riche d’un nouvel ami et de sa future femme, Pam.
Dans la lignée de « Pilules bleues », « Pedro et moi » parle de la séropositivité et du quotidien avec cette maladie – même si les conditions des séropositifs a beaucoup
changé depuis 1994. Axée sur la prévention, comme le concevait Pedro Zamora, cette BD est une œuvre forte et émouvante qui rend hommage à un jeune homme respecté et apprécié de tous. S’il n’y
avait pas un fond d’éloge de la télé-réalité que je me refuse tout simplement de cautionner, même ici, j’aurai pu adorer !
Suzanne la pleureuse est le premier roman d’Alona Kimhi - auteur du plus connu "Lili la Tigresse" - ancienne comédienne née en Ukraine qui s’était déjà essayée
avec succès aux nouvelles.
Suzanne est une jeune femme d’une trentaine d’années particulièrement mal dans sa peau, depuis la mort de son père lorsqu’elle était adolescente. Cette
disparition laisse un terrible vide en elle. Ne parvenant pas à quitter sa mère qui habite dans la banlieue de Tel-Aviv et victime de terribles blocages psychologiques, elle ne parvient pas
à s’accepter en tant que femme et rejette son âme et son corps au point de détester de se laver ou de manger en public.
L’arrivée d’un cousin lointain globe-trotter, particulièrement séduisant va bouleverser l’existence de Suzanne et de sa mère. Le jeune Naor,
« l’invité » comme elle ne cesse de le nommer, va montrer à la jeune femme parfois de façon brutale le chemin de sa libération et parviendra à la décomplexer.
Sur un terreau psychologique, qui verra l’éclosion d’une jeune femme enfermée dans ses malheurs, ce roman présente quelques unes des grandes questions de la
société israélienne contemporaine : l’immigration russe et les préjugés qu’elle véhicule, les affrontements politiques entre gauche et droite, la relation avec les « cousins »
arabes, les débats sur la modernisation de la société israélienne, etc… Un roman acide mais souvent drôle grâce à de nombreuses scènes comiques et au regard acide que Suzanne a sur elle-même et
sur le monde qui l’entoure.
Chaabi est la biographie imaginée
par Richard Marazano, d’un enfant vendu dans une mine de souffre en Inde par ses parents à l’âge de 5 ans et qui dirigera quelques années plus tard l’un des plus grands mouvements de révolte du
pays. C’est une journaliste, Mayom, amie des révoltés qui se rend dans le plateau de Deccan dans le centre de l’Inde, et découvre que Chaabi vient de mourir après un rude combat qui laisse les
rebelles à terre. Elle décide alors d’immortaliser par l’écrit la vie de cet enfant soldat qui a dirigé, à lui seul, une armée d’hommes ligués contre la misère et les inégalités qui marquent que
le pays.
Richard Marazano et Xavier Delaporte ont imaginé ici une histoire originale sur cet enfant rebelle, loin de tout angélisme. Un contraste saisissant entre le récit des fidèles sur leur rencontre
avec Chaabi présenté alors avec une force de conviction et un charisme sans faille, et le récit des débuts de la révolte de Chaabi qui présenté comme un enfant faible, apeuré et qui n’hésitera
pas à trahir...
Une Bande dessinée dans laquelle je suis rentré dès le début et dont j’attends la suite avec impatience pour achever mon opinion.
« Paysage aux trois arbres »
est le recueil de deux récits écrits par Yéhoshua Kenaz, auteur et « décortiqueur » de la société israélienne.
La première de ces histoires se déroule dans un immeuble de Tel-Aviv pendant la guerre du Golfe. Un immeuble dans lequel un incendie s’est déclaré et qui
causera le décès de Sophie, une dame âgée qui garde contact avec le monde grâce à sa radio et les rares visites de sa voisine. Rapidement le semblant d’enquête et les coïncidences notées vont
conduire certains voisins à se demander si ce décès est bien le fait d’un simple accident.
Yehoshua Kenaz dont plusieurs de ses écrits ont déjà eu pour scène un immeuble, décrit ici à la perfection la vie de « petites gens », sans
jugement de valeurs, obligés de cohabiter ensemble et confrontés à ce qui semble un accident. L’auteur met en lumière les divisions qui gangrènent la société israélienne. Des oppositions marquées
entre juifs, entre Juifs et Arabes, entre modernité et archaïsme, entre générations qui amènent à la délation et à l’intolérance.
Le deuxième récit revient sur le mandat britannique dans les années 1940. Cette fois l’opposition est affichée entre deux familles qui se
cotoient, l’une Ashkénaze et l’autre Séfarade, même s’il faut bien connaître ces cultures pour le ressentir. Entre les deux vient se mêler la vie d’un jeune peintre, soldat de l’armée
anglaise… Une longue nouvelle qui puise sa trame dans l’Histoire du pays
Un bon moment de lecture qui offre un reflet intelligent et rude de la société israélienne.
Voilà plusieurs années que j’entendais parler de
la série scénarisée par Franck Giroud, « Le décalogue ». Intrigué par sa démarche - réunir 10 illustrateurs autour d’une même histoire - je me suis donc laissé tenter par
l’aventure.
Ce « décalogue » serait celui laissé par le prophète Mahomet peu de temps avant de mourir et qui viendrait révolutionner les grands préceptes de
l’Islam. Le « Nahik », le seul livre mentionnant l’histoire et énumérant ces dix commandements, sera alors au cœur de l’intrigue qui se révèle progressivement au cours des 10 volumes de
la série conçue en dehors de toute chronologie. Chaque épisode, illustration d’un commandement, offre son lot d’indices nous menant ainsi vers la vérité. Le onzième tome est un dossier appuyant
l’enquête et un épilogue à quelques uns des tomes précédents.
Franck Giroud est parti de ce qui est devenu le tome
VIII et qui aurait dû être un titre simple pour construire l’ensemble de l’œuvre. Frustré par la fin de son histoire il a alors décidé de constituer cette série et de créer ce qui est devenu un
classique du monde de la BD.
Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, progressivement je me suis attaché à l’atmosphère et laissé porter par l’esprit de la série attendant avec
impatience l’épisode et l’illustrateur qui allaient suivre. Une fois les 10 commandements lus, une relecture s’imposerait pour redécouvrir l’histoire. Un bon moment de BD à connaître.
Je continue mon voyage dans la littérature israélienne. Et cette fois-ci, c’est sous un angle peu
travaillé que je me suis immergé dans cette société. Le narrateur est en effet Israélien mais fait partie de la minorité arabe du pays qui représente environ 15% de l'ensemble de la population.
Celle qui n’a pas quitté ses terres et qui a accepté de vivre sous l’autorité d’Israël. Celle qui est mise à l’écart pour le danger qu’elle représente, celle qui se considère sous domination...
Toute la frange d’un peuple prise entre deux feux à la recherche de son camp et d’une identité, rejetée par les uns et contenue par les autres.
Le narrateur, en partie Sayed Kashua, raconte son mal être dans une société où il ne parvient pas à se positionner, lui le jeune Arabe qui
souhaiterait être intégré, jusqu’à en être totalement confondu... A travers sa famille engagée dans un premier temps contre l’Etat occupant, ce jeune Arabe voit les Juifs : au travail
de son père, dans les coupures de presses retrouvés par hasard, dans le cadre des échanges entre écoles juives et arabes, à la télévision, ... Il les voit mais ne les connaît pas. C'est un monde
qui lui semble impénétrable pour l'Arabe qu'il est. La porte de l’intégration s’ouvrira pourtant avec le succès à un concours qui lui permettra d’entrer dans un lycée juif. Mais très rapidement,
il comprendra que l’intégration est illusoire et que tout ne peut s’effacer.
« Les Arabes dansent aussi » est une vision de la société juive particulièrement dure et fermée. On pénètre au cœur d’une population mise à
l'écart, regardée comme de possibles ennemis de l’Etat par les autorités juives (ce sentiment s'estompe mais ils n'ont toujours pas l'autorisation de faire leur service militaire), ou comme des
traîtres de la cause par les Palestiniens. Une minorité à la recherche de son identité qui s'assume progressivement et construit sa place dans le pays. La société juive est égratignée à chaque
page, sans que le monde Arabe ne soit épargné pour autant. Un livre où l'on observe une culture sans jamais y pénétrer. Un sentiment étrange naît alors de ce premier roman, écrit dans un style
léger et qui laisse le lecteur aux portes d’un monde clos. Certains y ont noté des notes humoristiques mais pour ma part j'y ai été davantage marqué par une véritable violence et un profond
malaise qui nous envahit progressivement au fil de l’histoire et des désillusions du narrateur.
Peintre mal dans sa peau et dans un monde qu’il déteste, Jean Poldonsky essaie de conserver sa force de création intacte. Mais l’artiste,
totalement antipathique, s’enfonce dans sa misanthropie jusqu’à perdre totalement l’inspiration. A la recherche d’une muse il part errer dans les rues de Paris où il rencontre Dagerlöff, un
vieillard illuminé qui se présente comme un génie humain. Rapidement le vieil homme devient envahissant et au plus mal à la veille de son suicide programmé, Poldonsky le chasse. Mais avant de le
quitter, le génie propose au peintre de lui passer une compresse sur les yeux. Un remède qui va changer son regard sur la vie... Plus qu’il ne l’imaginait... Quel suspens, non ? Poldonsky
voit désormais la matière, les objets tel qu’ils seront dans le futur. Un futur qui chaque jour s’accélère un peu plus...
Adapté d’un roman
de Jacques Spitz, L’œil du purgatoire, cette BD d’anticipation est un peu déroutante durant les premières pages, mais rapidement tout se découvre et l’on rentre pleinement dans l’histoire, dans
la vision de Spitz. Pas fan du genre, c’est une petite perle de sciences fiction que Ponzio met en image. Ses graphismes viennent renforcer encore un peu plus la force psychologique de l’œuvre et
m’ont permis de découvrir un auteur que je recroiserai sans aucun doute...
Voilà une
bande dessinée qui changera le regard de nombre de lecteurs pour qui le genre est dépourvu de toutes subtilités et bien loin de la littérature. C’est une autobiographie complexe dense et
émouvante qu’Alison Bechdel nous offre ici.
L’auteur part de son journal intime qu’elle tient depuis l’âge de 10 ans pour se livrer sur son enfance et son adolescence. Une période qui l’a construite, qui lui a permis de s’accepter,
d’affirmer son homosexualité et de digérer les secrets de famille : un père professeur de littérature anglaise et responsable d’une maison funéraire (la « fun home », jeu de mot en
anglais avec « Funeral Home »), cultivé et sévère, à la limite de la tyrannie, attiré par les hommes plus jeunes que lui et qui décède dans un accident dont le contexte pourrait
supposer un suicide. Un passé lourd donc, un récit fort où les références littéraires et (trop?) "intello" ne manquent pas : Oscar Wild, Colette, James Joyce ou encore Scott Fitzgerald. Les
graphismes doux en bleu-nuit rajoutent de la force au récit.
Alison Bechdel trouve là l’occasion de se mettre à nu de manière émouvante sur la relation avec son père et de se comprendre elle-même, mais aussi de partager son expérience, son homosexualité
féminine peu abordée en BD, ses interrogations et ses doutes nés avec l’adolescence… Une œuvre remarquable dans sa construction qui par la qualité de la narration fait oublier le côté
nombrilisme et avec laquelle j’ai pris un réel plaisir.
L'avis un peu plus mitigé de In Cold Blog et que je partage sur bien des points. Je reste plus nuancé sur son regret "d'une oeuvre qui manque cruellement de chaleur".
C'est exact mais c'est cette froideur et ce décalage qui m'a plu... Mais comme lui je n'irai pas la considérer comme un chef d'oeuvre de la BD autobiographique.
Voici mon deuxième voyage-BD avec Guy Delisle. Après un premier séjour à Shenzhen pour former des animateurs de dessins animés, c’est cette fois en Birmanie,
c'est-à-dire au Myanmar, que le dessinateur nous conduit. Avec sa compagne, envoyée en mission par MSF ils vont vivre une année entière dans l’un des pays les plus fermés de la planète comme ont
pu le montrer les récents événements. Delisle comme dans ses voyages précédents, alterne son récit d’anecdotes souvent drôles et de réflexions plus générales sur le pays ou les organisations
humanitaires qu’il côtoie. Son regard un peu naïf se durcit au fur et à mesure des pages et fait de ses chroniques birmanes une BD proche du reportage journalistique. Nous suivons alors Guy
Delisle dans ses multiples aventures qui vont de l’éducation de son fils, des cocktails entre expat’, en passant par les villages qu’il traverse, ses rencontres avec la population locale, ses
mésaventures avec la censure du net, sa vision changeante sur l’installation très contestée de la société Total en Birmanie, ou encore son expérience de méditation...
Si ses dessins m’accrochent immédiatement et son humour ne me laisse pas indifférent, je reste plus mitigé sur le fond, comme pour Shenzhen, par une vision
très occidentale et assez nombriliste qui personnellement me gène un peu. Mais, contrairement à « Shenzhen », cette fois Delisle a davantage pénétré la société et la culture birmanes et
l’ensemble reste vraiment plaisant à lire. Les informations ne manquent pas sur le régime militaire et ses répressions. Un ouvrage qui est un point de départ pour découvrir le pays et la
dictature mais qui ne se suffit pas. Un regard subjectif, un témoignage intéressant sans conteste.
Vendredi 21 décembre 2007
C’est par des dessins au style naif et teintés d’humour que Charles Dutertre, trentenaire dans son temps, revient sur son enfance et
ses souvenirs dans la ferme Bretonne de ses grands-parents. Il retrace dans son premier album les journées passées là-bas pendant les vacances entre jeux de la ferme, travaux des champs, visite
des voisins et soirées autour de la télé, toujours aux côtés de ses grands-parents.
Si cette BD est à la fois touchante par l’hommage qu’il rend aux relations entre petits-enfants et grands-parents, et drôle par le dessin, elle m’a semblée manquer de hauteur en se contentant de
mettre à la suite une série de souvenirs personnels qui plairont avant tout à la famille de l’auteur. Il reste néanmoins que l’on ressort de cette lecture touché par la sincérité et la simplicité
de l’oeuvre. A découvrir pour les amoureux de nostalgie...
Vendredi 14 décembre 2007
Gabrielle Piquet, jeune
illustratrice et ancienne élève de Sciences Po, met en images pour son premier album trois nouvelles de Tonino Benacquista, issues de « Tout à l’égo ». Servies par des graphismes aux
traits fins, très proches de Sempé, les deux premières histoires ont pour thème le hasard, celui qui peut bouleverser nos vies ou être à l’origine de nos actes manqués, voire carrément de nos
journées les plus pourries. La dernière histoire, celle d’un enfant surdouée qui nous fait part de ses angoisses est un peu courte mais touchante.
Un premier album plutôt bien conçu au style agréable et aux histoires frappées de la marque Benacquista. Reste que le nom de Benacquista n’apparaît
qu’en toute fin de l’ouvrage et encore, écrit en tout petit... Il fallait être bibliothécaire et chercher la date de dépôt légal pour le découvrir – les concerné(e)s compatiront ;-). Pas
très fair play à mon goût...
Je reste au final sur la réserve et j’attends avec impatience un deuxième album pour être totalement emballé par Gabrielle Paquet.
Et bien me voilà bien embêté
avec cette bande dessinée, drôle mais qui me laisse un petit goût amer.
Chargé par le studio Dupuis-Animation de diriger, à Shenzhen (banlieue de Hong-Kong) une équipe d’animateurs de dessins animés pour la télé - Papyrus expédié
en Chine… délocalisation quand tu nous tiens ! - Guy Delisle, Québécois vivant en France, réunit dans cet album les souvenirs de son séjour. Il ressort de ce carnet de voyag, la vision d’un
Occidental sur la Chine contemporaine, une présentation des multiples couacs professionnels qu’il doit rafistoler, ses difficultés, voire son incapacité à communiquer avec les habitants de
Shenzhen, les différences culturelles qui forment autant de barrières, et finalement son ennui profond dans une société où il est inexorablement resté l’étranger. Son regard critique et parfois
drôle nous plonge dans un univers à mille lieux de nous. Finalement simple spectateur au milieu d’une foule en mouvement qui sort de nulle part.
Seulement, même si l’auteur ne l’a pas vraiment voulu, quelques relents coloniaux – il le reconnaît lui-même - une vision nombriliste et trop occidentale
voire "exotique" comme le dit Cathe, viennent, à mon
goût gâcher l’ensemble et laisse ce goût amer après ma lecture. Vraiment dommage…