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Mardi 3 juin 2008

Difficile de comprendre ce qui  s’est exactement passé ce samedi de juin dans cet hotel-bar-discothèque à quelques heures de Sidney. Un samedi qui bouleversera les vies de Mick et Jenny Buchanan les gérants, de Moll, leur chat tant adoré, de John Verdon des abattoirs, de Peter Watts qui rêve de sa première fille et d’une jeune adolescente de 15 ans. Six personnages dont les noms seront cités au procès… d’une victime. Impossible d'en dire davantage !

 

Kenneth Cook, auteur australien décédé en 1987, dans ce très court roman à la limite de la nouvelle, nous conduit au cœur de la société australienne et des excès de sa jeunesse. Il nous entraîne habilement dans les méandres de ce fait divers autour de personnages tous aussi peu sympathiques les uns que les autres. Alternant de cours extraits du procès avec le déroulement de la soirée, la vérité se dessine petit à petit devant nous, à chaque page tournée, jusqu’à la chute finale… à la toute dernière phrase. Un bonheur de lecture ! Une vérité que l’on ne voit pas venir, qui nous éclate au visage et qui finalement ne simplifie pas le jugement. Qui doit être condamné, à qui la responsabilité ?

 

Un roman particulièrement bien écrit, soufflé par Cathe – une nouvelle fois, merci à toi ;-) – qui, comme elle précise, se lit d’une traite. Un roman à lire, à conseiller et surtout à offrir. Evidemment je n’en resterai pas là avec cet auteur !

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 16 mai 2008

Gabriel débarque par le train dans une petite ville de Bretagne. Seul, il ne connaît personne et pourtant en quelques jours, grâce à son écoute et ses talents culinaires il va savoir toucher le cœur des hommes et des femmes qu’il va rencontrer... Il y aura José le patron de la brasserie, Madeleine la jeune réceptionniste de l’hôtel ou encore un couple de jeunes paumés... Tous trouveront chez cet ange venu d’on ne sait où, une oreille attentive et un réconfort étrange. Pourtant Gabriel est hanté par des flashes qui nous éclairent progressivement les zones d’ombre de ce personnage atypique...

 

Voici un livre tout simplement remarquable...Pascal Garnier parvient à mettre en scène des personnages d’une sincérité déconcertante et terriblement humains, faisant de chaque rencontre un instant unique ancré en nous pour quelques temps encore. Un roman tellement humain que même les pensées et les actes les plus noirs trouvent à se racheter malgré nous. La sensation de se laisser porter par une écriture pleine de charme et de vie dans une histoire qui en surprendra plus d’un(e) !

 

Un livre au label « Elvira » - merci à toi - à lire et relire histoire de bousculer notre conscience !

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 11 avril 2008

la-route-copie-1.jpgUn homme et son fils sont seuls sur une route et poussent un chariot. Une catastrophe a recouvert la planète de cendres et ils vont vers le Sud. Il n'y a plus d’animaux, plus de soleil, plus de culture, presque plus d’hommes... Comment se nourrir ? Pourtant une idée fixe dans le regard de l’homme dont on ne connaîtra même pas le nom, survivre et apprendre à son fils à survivre...

Mc Carthy m’avait laissé sur ma faim avec « 
Ce pays n’est pas pour le vieil homme ». Une écriture juste qui me permet d’avoir encore aujourd’hui ses mots et les images qu’ils dessinent dans la tête, presque un an après, jour pour jour. Seulement, l’histoire elle-même ne m’avait pas vraiment enchanté, par son manque d’originalité. Dans « La Route », il a, pour moi, allié les deux. L’histoire dure et le style épuré se sont parfaitement mariés, pour creuser l’âme humaine poussée dans ses derniers retranchements. A quoi sert-il de vivre ? Une histoire terrible qui sonne juste entre science fiction et roman d'anticipation... Remarquable ! Un chef d'oeuvre !

A voir chez l'excellentissime blog Philippe et la non moins remarquable Cathe !

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 8 avril 2008

tan-shaun.jpgC’est par de sublimes planches et sans le moindre texte que Shaun Tan rend hommage aux migrants. Il met en image de manière remarquable l’histoire d’un homme à l’assaut d’un nouveau monde entre réel et imaginaire. Un homme, comme tant d’autres, forcé de quitter sa femme, sa fille et son pays pour survivre. L’album est rythmé par les différents actes de la migration : le départ, le voyage, la découverte, la fraternisation, la recherche d’un travail, la nostalgie... Ce sont les rencontres qui offriront l’occasion de partager et présenter les parcours de chacun malgré les barrières multiples qui pourtant chaque jour se réduisent.

Une très belle œuvre dont l’atmosphère nous conduit paisiblement. Seul regret pour ma part, le parallèle trop fort qui est fait avec les immigrants américains du début du XXème  qui amenuise le caractère universel de l’histoire. Mais à une époque et dans un pays où l’immigrant est trop souvent assimilé au mal, un magnifique album qui montre la richesse de ces hommes et de ces femmes et tout le bien que nous avons à partager cette richesse... Tu en veux un Brice ? Promets moi juste de le passer à Nicolas...

L’avis de
Philippe

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 4 avril 2008

Knud-copie-1.jpgKnud Romer revient dans ce roman sur son propre passé. Lui fils d’un père danois et d’une mère allemande qui a grandi dans une petite ville du Danemark confronté chaque jour à la bêtise et la petitesse de l’Homme. On est dans les années 1960 et sa mère dans ce pays depuis une dizaine d’années, est Allemande. Allemande d’une génération où l’assimilation au nazisme est automatique, surtout dans un pays occupé. Enfant, il subira, avec ses parents, toutes les humiliations possibles commises par d’autres enfants et des adultes, lui le « cochon d’Allemand ». Pourtant en remontant le passé de sa famille Romer Knud nous fait découvrir une histoire pleine d’humanité loin de la haine engendrée par le nazisme. 

Construit habilement entre les traversées dans l’histoire familiale et les souvenirs d’enfance de l’auteur - mais si vous ne le lisez pas d'une traite, prenez des notes ;-) - Knud Romer sans manquer de pudeur joue parfaitement avec la mémoire. Un roman profondément humain où face à la haine et la méchanceté, un enfant cherche à tenir, entre honte et amour pour sa mère. 

Une fois commencé, il m’a tout simplement été impossible de refermer ce roman, pourtant lourd de désespoir. Reste la petite erreur commise par l’éditeur à mon humble avis, que je sais partagé. Le titre n’attire pas et rend extrêmement difficile la diffusion du livre, même si, effectivement il colle bien au récit. D’expérience personnelle, il faut batailler pour faire sortir un tel roman, notamment pour les générations concernées. Mais une fois passée la réticence, un livre remarquable sur un sujet rarement traité.

Un livre encore soufflé par Cathe...

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 1 avril 2008
Kaboul-Disco.jpgNicolas Wild vit à Paris hébergé par un ami. Nicolas Wild est auteur de bande dessinée mais est en mal d’inspiration. Nicolas Wild doit payer une partie du loyer. Nicolas Wild accepte donc de répondre à l’annonce faite par l’agence Zendagui Media pour un poste à… Kaboul.
 
Voilà comment ce jeune auteur débute son aventure – au titre qui donne le ton : « Comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan » – qui durera plusieurs années dans un pays qui sort à peine de la guerre et est en pleine reconstruction. Chargé de mettre en image la constitution afghane, dans un but pédagogique, Wild est un observateur privilégié de la société afghane. Il ne néglige d’ailleurs pas les quelques explications historiques nécessaires ce qui permet à son récit de prendre un peu plus de profondeur. Avec beaucoup d’humour et des dessins très agréables, il nous raconte son quotidien, les gens avec lesquelles ils travaillent et les souvenirs les plus marquants de son expérience. Les péripéties de ce jeune auteur français débarqué en Afghanistan sont tout simplement succulentes et les contrastes auxquels il est confronté déroutants et particulièrement drôles. Des annexes en couleur montrent quelques extraits de son travail là-bas ainsi que des photos personnelles qui donnent un peu plus de sympathie aux personnages et donc à l’auteur. Une vraie bonne BD comme je les aime, qui tout en restant dans un style décontracté apporte beaucoup ! Vivement le tome 2 : « Comment je ne suis pas devenu opiuman en Afghanistan »… Tout un programme !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 25 mars 2008
Almeida.jpgDans une petite ville d’Argentine, près de Cordoba, un homme et une très jeune femme, "étrangers" tous les deux, ainsi que M. Ponce l’avocat local, et sa sœur attendent l’autobus qui passe une fois par jour. Seulement ce soir là, l’autobus ne s’arrête pas et accélère... Impensable que le chauffeur ne les ait pas vus selon l’avocat qui subit ici un terrible outrage à sa condition. Or le même jour, le commissaire sur ordre et sans plus de précision de sa hiérarchie, demande au garde barrière de bloquer le passage de la voie ferrée jusqu’à nouvel ordre. Dans une ville où tout se sait et tout se dit, l’ignorance est mère de toutes les curiosités les plus malsaines. Pourtant l’homme et la femme inconnus choisissent pour quitter cette ville de fous, malgré les recommandations du patron de l’hôtel-bar, de partir à la ville suivante en remontant la voie de chemin de fer...
 
Voilà un court roman que l’on a du mal à lâcher une fois commencé. Autour de cette histoire qui attise la curiosité, du lecteur cette fois, Eugenia Almeida dessine une galerie de personnages sensibles et drôles. Elle nous plonge parfaitement dans l’ambiance d’une ville de « province » où tout le monde se connaît et où chaque étranger est perçu avec doute.
 
Un court roman conseillé par une bibliothécaire qui me fait l’honneur de passer par là quelquefois, alors merci à elle pour cette bonne surprise ! Ah... Si les bibliothécaires n’existaient pas... Quant à vous, point d’hésitation possible face à l’enthousiasme de deux d’entre eux !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 21 mars 2008

chabout.jpgCette histoire particulièrement touchante est celle de la rencontre d’un enfant et d’un « clochard ».Un enfant aux portes de l’adolescence et aux parents qui se déchirent et un homme de la rue accompagné de son harmonica et de ses souvenirs. Ces deux personnages blessés par la vie viennent chercher dans un parc, un de ces nombreux îlots de bonheur que peu parviennent à saisir. De cette amitié furtive, l’enfant et le Monsieur tireront la force de partir à la conquête d’un îlot encore plus grand...

Une magnifique histoire en noir et blanc dans le pur style Chabouté, profondément humaine et émouvante. Le seul regret, comme toutes les bonnes histoires, est de la voir s’achever trop rapidement... et un peu plus pour celle-ci que pour les autres.
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 18 mars 2008

camilleri.jpgAu tout début de ce roman le jeune Sicilien Nenè, en est encore à l’âge où l’on apprend à lire. A la toute fin de ce roman, Nenè a 18 ans et est enrôlé dans une guerre perdue d’avance. Entre temps, l’enfant qu’il était, avec ses deux camarades Jacolino et Ciccio aura eu le temps d’apprendre... Mais d’apprendre surtout sur les femmes et la sensualité de leur corps. Il faut dire que très tôt un bâtiment l’intriguait. A sa porte, une plaque brille : « La pension Eva ». Il lui faudra de longues explications de ses camarades pour qu’il comprenne ce qu’il s’y passe. Mais tous les savoirs du monde ne servent à rien s’ils ne sont pas mis en pratique. Et théoriquement, il lui faudrait attendre ses 18 ans... Heureusement, avant cet âge, il sera aidé dans ses premiers cours par sa jeune cousine, de deux ans son aînée, à la vocation doctorale ou encore par la mère veuve d’un de ses camarades, aux élans professoraux. Et finalement la pension ne lui sera pas entièrement étrangère avec son lot d’histoires hilarantes mettant en scène un ange parachuté nu, un Staline particulièrement bien mis en valeur ou encore une joute féodale pour le moins originale... 

Voilà un roman d’apprentissage digne des bonbons au caramel et beurre salé que j’ai dévoré pendant mes dernières vacances, tout simplement délicieux. Je remercie donc deux personnes... Andrea Camilieri pour cette histoire terriblement drôle, sensuelle et séduisante aux parfums de Sicile qu’il m’a offerte – j’aime l’idée que les auteurs écrivent un peu pour moi. Et Cathe qui m’a fait découvrir ce roman initiatique qui est presque parvenu à me faire rougir ;-))))

Un livre à lire au plus vite pour tous les amoureux des bons plaisirs que la vie sait nous offrir !

par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 12 février 2008
putain-d-usine.jpgJean Pierre Levaray travaille dans une usine classée Seveso 2. Bourrée de produits chimiques, petite sœur de l’usine AZF de Toulouse, cette "putain d’usine" fait vivre bon nombre d’ouvriers venant y chercher de quoi vivre. L’auteur raconte alors son quotidien dans une usine qu’il s’était juré de quitter en moins d’un an. Pourtant, 30 ans après son embauche, il est toujours à son poste même si sa lettre de démission est prête. Les accidents de travail à répétition conséquence d’effectifs diminués au nom de la rentabilité, les décès de ses collègues frappés d’alcoolisme, de dépression ou tout simplement usés ne lui ont pas encore donné la force de remettre cette lettre et de partir. Un geste dur à commettre devant les réalités économiques qui guettent à la sortie de l’usine. Ce regard noir et terriblement réaliste sur la condition de ses hommes est un hommage à ces travailleurs et une dénonciation des injustices et des inégalités dans un monde de plus en plus individualiste.
 
"Putain d’usine" est l’adaptation BD du roman de Jean-Pierre Levaray – après un documentaire et une pièce de théâtre – mis en image par le dessinateur Efix. Le récit est remarquable de justesse et d’humanité. A la fin de l’ouvrage quelques pages sont consacrées à la réalisation de l’adaptation.
 
Seulement le mariage entre les talents de l'auteur et ceux de l'illustrateur a selon moi quelques fissures. Le coup de crayon très agréable d’Efix gomme – quel jeu de mot ! – la dureté de la situation décrite par Levaray. Les deux styles s’accordent mal et le graphisme adoucit des situations dramatiques ce qui a contribué à parfois m'empêcher de rentrer pleinement dans l’œuvre. Il n’en demeure pas moins que la collaboration est particulièrement touchante et que ce mariage atypique est une idée qui se respecte et a son propre charme. Je l’aurai seulement voulu moins décalé. Mais à decouvrir absolument !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Lundi 14 janvier 2008
Jung.jpg« Couleur de peau : miel » est le récit autobiographique de Jung, enfant d’origine coréenne adopté par une famille de Belgique. Partant de sa propre histoire, Jung jette au grand jour les problèmes que posent l’adoption, le déracinement et la différence. Trois thèmes qu’il traite de manière remarquable à partir de sa propre histoire. L’auteur fait donc renaître son passé chargé de ses doutes et de ses peurs et nous propose de le partager au moyen d’un très joli coup de crayon. L’arme utilisée pour éviter d’alourdir cette œuvre et comme de bien entendu l’humour et le décalage que Jung manie fort bien. Sans aucune transition, nous passons ainsi du vide causé par son abandon et son déracinement, aux premiers émois de l’adolescence dans toute leur crudité, sans oublier en chemin les bêtises de l’enfance. L’humour dédramatise l’ensemble marqué par des situations très dures et lui permet d’éviter la sensiblerie.
 
Une BD, très proche du manga, sur l’adoption qui donne la parole à l’enfant et montre les tiraillements qui le déchirent, l’amertume qui en naît. Un très beau livre qui laisse cependant perplexes sur certains passages, notamment la fin, comme si l’auteur avait effectué des coupes nettes dans son récit. Mais j’attends le second tome avec impatience !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 11 décembre 2007

Rabout--.jpgEmile est un septuagénaire... Emile est veuf... Emile a pour seule passion la pêche... Emile joue le soir, seul, aux « chiffres et des lettres »... Il mène sa vie bien tranquillement, bien à sa place, dans ses plaisirs simples. C’est ainsi avec Edmond qu’il va taquiner le brochet dans un petit coin de paradis qu’ils gardent secret. Emile croit connaître son copain, mais le boucher, au café du village, ne peut s’empêcher de faire le malin et lui annonce qu’il a vu Edmond, hier, avec une femme... La vie assagie d’Emile va alors prendre un tournant qu’il n’imaginait pas. Impossible d’en dire plus sans vous gâcher le plaisir alors je m’arrête là, contre ma volonté !

Voilà une vraie bonne bande dessinée simple et touchante, drôle et pleine d’humanité, comme je les aime... Rabaté traite un sujet rarement mis en avant : celui du « Troisième âge ». Le sous-titre donne le ton : « Sex, on fera ce que l’on pourra, drug, surtout contre le cholestérol and rock’n roll, je suis meilleur en musette ».
 
Les dessins de Rabaté qui m’ont parfois rebuté - sans mauvais jeu de mots je le jure...- servent ici à la perfection cette tranche de vie, peut être un peu trop franchouillarde, mais tellement amusante. Une histoire qui m’a presque donné l’envie d’être vieux tout de suite... A lire et à relire en attendant notre tour. Moi en tout cas quand je serai grand, je s’rai Emile !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Samedi 1 décembre 2007
haut-mal.jpg" L’ascension du haut mal " est une BD dont je sais dès à présent qu’elle laissera des traces en moi pour très longtemps. Pourtant c’est avec réticence que je me suis engagé dans cette lecture. Sélectionnée essentiellement pour le sujet traité, les dessins me rebutaient totalement, non qu’ils soient mauvais, mais parce qu’au contraire ils m’angoissaient... Et une fois la dernière page refermée, on sait que David B. a su créer une œuvre où l’histoire et le dessin se marient à la perfection.
 
« Le Haut-mal » que David B. met au centre de son récit autobiographique est la maladie de Jean Christophe son grand frère : l’épilepsie. Très rapidement les crises vont se multiplier, plusieurs fois par jour, faisant du frère avec lequel il partageait tout, un enfant malade, en retard et à part. Toute la vie de la famille de David B. va se lancer dans un combat acharné pour guérir l’enfant avant qu’il ne sombre définitivement dans la maladie. Nous sommes dans les années 1970 et devant l’échec de la médecine traditionnelle qui ne peut rien, c’est dans le « macrobiotique », puis dans les sciences plus mystiques que leurs parents vont chercher la solution. Mais les rencontres ne seront pas toujours fructueuses, loin de là... En attendant David B., seul, cherche à se protéger du mieux qu’il le peut.
 
Difficile de dire que « j’ai adoré » cette BD tant elle est m’a dérangée. Très dure dans ces dessins noir et blanc, l’angoisse est particulièrement pesante et l’auteur nous traîne avec lui dans son combat personnel. Cette BD m’a mis mal à l’aise très rapidement, confronté notamment à la douleur qui en ressort. Coincé entre une situation tragique et une impression de voyeurisme, j’ai subi cette histoire et les dessins d’un auteur qui se met presque totalement à nu. Mais une fois l’ensemble apprivoisé, on s’aperçoit rapidement que le sujet est traité avec beaucoup de pudeur et que l’expérience humaine qu’ont vécu les membres de cette famille est un témoignage indispensable à tous ceux qui connaissent une situation similaire. Evidemment c’est également un moyen pour l’auteur de se libérer, mais il apporte sa pierre à l’édifice, très loin de tout nombrilisme. Comme pour « pilule bleue », c’est une vision de ceux qui accompagnent, avec leurs angoisses, leurs colères et leur courage. Et comme pour « pilule bleue », c’est un témoignage indispensable, à lire en se laissant imprégner par le récit, car je sais que l’œuvre en rebutera d’abord plus d’un. Mais au final, une œuvre magistrale, et oui "j'ai adoré". Il me reste les 3 derniers tomes (une série qui en compte 6) à découvrir mais il m’était impossible d’attendre de les avoir tous lu pour vous en parler...
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 2 novembre 2007
femmes-de-r--confort.jpgVoici un manwha (BD coréenne, ce que le manga est au Japon) qui ne laissera pas de marbre. Jung Kyung-A, Coréenne a choisi de militer pour la reconnaissance des « femmes de réconfort » de l’armée japonaise ou de manière plus claire et surtout plus appropriée et moins politiquement correct des « esclaves sexuelles de l’armée japonaise ».
 
Dès la fin des années 1930, l’armée impériale japonaise met en place un réseau de prostitution officiel géré plus ou moins directement par elle. Rien de véritablement étonnant que les « bordels ambulants d’une armée en campagne » (Jacques Brel, « Au suivant ! ») afin d’éviter les maladies vénériennes me direz-vous... Sauf que l’armée japonaise a cautionné, quant elle ne l’a pas dirigé directement, l’enlèvement de ces femmes essentiellement Coréenne (peuple considéré comme inférieur et moins dangereux que les chinoises). Des hommes leur faisaient alors miroiter un travail très bien payé dans une usine de Mandchourie et si ce la ne suffisait pas à les convaincre, il restait l’utilisation de la force. On quitte alors l’enfer de la prostitution pour celui du viol. Battues et violées, payées en « tickets », victimes des frustrations et des perversités des soldats, elles sont choisies très jeunes, généralement vierges car comme le dit le médecin Ako qui s’occupe alors de l’examen gynécologique des nouvelles arrivantes et auteur d’un rapport : « plus elles étaient jeunes, meilleure était la qualité des prostituées ». Une conclusion qui résume parfaitement leur place dans ce système : une simple marchandise, comme le tabac, pour le bien des soldats... L’horreur aurait pu prendre fin avec l’armistice, mais aujourd’hui encore, l’Etat japonais n’a pas été condamné pour ces atrocités et n’a toujours pas présenté ses excuses officielles aux nombreuses victimes Coréennes. Aujourd’hui, alors que leur nombre diminue (118 survivantes), ces femmes encore « coupables de viol » attendent d’être libérées...
 
Dans la lignée de « Gen d’Hiroshima » de Nakazawa sur les victimes des bombes, ou même de « Maus » de Spiegelman sur les camps d’extermination, Jung Kyung-A choisit la bande dessinée pour faire acte de mémoire et mettre en lumière sur les conditions de la femme en temps de guerre. Conçu comme un documentaire, ce manwha évoque tous les aspects de la question – enrôlement, organisation, la fin de la guerre, témoignages, études, ... – et nous conduit jusqu’au « Procès bâclé » qui devrait faire l’objet d’un second tome. Si le graphisme et la masse d’informations pourront en rebuter quelques uns, il faut vraiment se laisser porter par l’enquête minutieuse et engagée de Kyung-A menée parfois avec ironie au nom du devoir d’histoire.
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Lundi 29 octobre 2007

Boyle.jpgLorsque Dana Halter part en retard ce matin là pour un rendez vous chez son dentiste, elle ne se doute pas que le stop qu’elle ne marquera pas va bouleverser sa vie. Le policier qui note l’infraction fait alors les contrôles d’usage et devant la liste des méfaits commis par Dana Halter est contraint de la menotter sur le champ. La professeur de littérature en langue des signes ne comprend pas. Elle ne comprend pas d’autant qu’elle ne peut quasiment pas communiquer avec un « entendant ». Car Dana Halter n’entend plus depuis l’âge de 8 ans suite à une méningite. Elle sait parler au prix de nombreux efforts mais ils sont vains face à l’agent de police.

Mise en prison, la jeune femme voudrait clamer son innocence mais la justice s’est mise en marche, une justice qui peut broyer les innocents, qui humilie. Rapidement l’usurpation dont Dana est la victime, est prouvée. Son compagnon, Bridger est à ses côtés et ensemble ils vont chercher le voleur, ce violeur d’identité.
 
T.C. Boyle déjà auteur de l’excellent « América », critique sévère des classes moyennes américaines enfermées dans leur résidence ultra surveillée et proprette contre l’immigration clandestine venue du Mexique, épingle une nouvelle fois la société dans laquelle il vit. Il met en scène les failles d’un système qui pousse à la consommation, au crédit, qui connaît ses propres failles mais ne les comble pas, qui rejette la différence et considère des handicaps qui ne le sont pas... Une société qui parle trop, le « Talk, Talk » des malentendants. Rien de neuf, me direz vous, mais le style de Boyle est là et ce roman noir m’a tout simplement capturé. Surtout ses réflexions sur la surdité sont tout simplement passionnantes et m’ont ouvert à un monde méconnu. C’est sans conteste l’une de mes meilleures lectures de cette année. Un roman noir remarquable d’intelligence et d’efficacité, même s’il ne fera pas l’unanimité j’en suis certain. Décidément l’un de mes auteurs favoris !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Lundi 22 octobre 2007

peeters.jpgVoilà quelques temps que l’on me parlait de « Pilules bleues », BD abordant le thème du sida. J’ai finalement craqué et sans grand enthousiasme je me suis lancé dedans. Une heure après, refermant ce véritable chef d’œuvre du récit autobiographique, bien au-delà du simple cadre de la bande dessinée, j’ai su que cette histoire m’habiterait encore pour très longtemps... Frederik Peeters m’a tout simplement offert l’un de mes plus beaux moments de lecture.

  Peeters met en image ici l’histoire du compagnon d’une femme atteinte du sida, sa propre histoire à lui. Sans voyeurisme ni exhibitionnisme, mais avec une pudeur remarquable, il trouve le moyen de partager ce qu’il ressent, l’admiration qu’il a pour sa compagne en lutte et sa peur pour le fils de celle-ci comme elle, séropositif. Inutile de chercher une compassion qui pourrait pousser à la pitié, Peeters couche là juste ses sentiments, son amour, sans tabou mais avec courage et respect. Le courage est sans aucun doute le mot qui m’a le plus accompagné dans ma lecture. Accepter la situation comme on le peut et vivre avec, ne pas nier ses peurs et ses angoisses, mais reconnaître aussi en la maladie un élément essentiel de sa propre histoire. Peeters nous livre une leçon de vie, presque de philosophie, sans jouer les professeurs sans se placer en modèle, et montre comment il est possible de vivre et non de survivre avec la maladie dans un couple.
 
Point de juge, point de héros, juste un homme sincère qui se livre. Loin de tous les clichés et très loin de tout simplisme, Frederik Peeters touche sans misérabilisme. Une histoire profondément humaine comme je les aime.
 
Je vous en supplie, pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, n’attendez plus... 
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Samedi 13 octobre 2007
gardel.jpgVoici un roman que j’ai commencé sans grandes convictions... Et voici un roman que j’ai dévoré tout simplement.
 
Louis Gardel auteur notamment du « Fort Saganne », nous replonge dans son adolescence, en Algérie, à l’aube des « événements » qui deviendront une "guerre". Né à Alger, il voit les premières fissures et les premières haines s’installer dans cette société. Une société dans laquelle il est intégré et qu'il pense unie. De ses yeux de jeune homme de 15 ans il ne peut et ne veut prendre partie, pour une Algérie française, ou pour Algérie algérienne. Seulement en ces temps, l’entre deux n’est pas tolérable et il sera taxé alternativement de colonialiste ou de gauchiste, sans jamais pencher véirtablement pour un camp. Il hait simplement la violence. 
Mais « La baie d’Alger » c’est aussi la fin de l’adolescence pour le narrateur avec ses doutes, ses découvertes, l’approche des femmes, de la sexualité, de la littérature ... Il apprend beaucoup auprès de sa grand-mère, Zoé, qui l’élève puisque ses parents sont en métropole. Une grand-mère haute en couleur, généreuse et profondément humaine qui aime la vie et sa ville. Car malgré le départ inévitable, ce pays est en eux, comme si « la géographie résisteait à l’histoire ».
 
Un roman remarquablement bien écrit, sensible et sincère sur les sentiments d’un adolescent balancé entre les turbulences de l’histoire et les élans de son âge. Un vrai bon moment de lecture qui m'a fait redécouvrir la question et une bonne surprise pour un auteur que je ne connaissais pas !
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Vendredi 28 septembre 2007
ghata.jpgLorsque le grand joueur de târ, Barbe blanche meurt, c’est son fils aîné, Hossein qui hérite de l’instrument de son père. Mais le târ qui se transmet de génération en génération refuse de se livrer à lui et ne vibre plus comme autrefois. Les accords qui font la gloire des musiciens d’Iran ne s’élèvent plus sous les doigts d'Hossein. Car si les târs ont une âme, celui-là renferme une âme meurtrie. Hossein et son petit frère Nur vont alors chercher à libérer les sons du târ familial en brisant le mystère qu’il abrite. Ils brûlent d'abord les cordent de l’instrument et se rendent dans la ville d’Ardabil où le luthier pourra sans doute les aider. Mais la ville triste et morne porte le deuil du génial Mohsen, dont la musique accomplissait des miracles et parlait à Dieu. C’est ici que les deux fils de Barbe blanche vont trouver les clefs du mal qui les hante...
 
Yasmine Ghata auteur de « la nuit des calligraphes » signe avec « le târ de mon père » un magnifique conte comme l’Orient sait nous offrir. Bercé par une écriture simple et poétique, j’ai dévoré cette trop petite histoire aux saveurs d’Iran. Quelques critiques dévoilent une part de l’intrigue, alors pour un plaisir plus grand, partez dans ce court roman le plus innocent possible. 

Je vous promets un joli voyage...
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Lundi 24 septembre 2007

Garduno.jpgVoici une BD et un auteur "remarquables » comme le dirait notre Président de la République... Dans une période où le fronton des mairies sera bientôt affublé du désormais célèbre slogan "travailler plus pour gagner plus" - sans préciser qui gagnera plus... - cette BD est un véritable bol d’air.

 Sur la forme d’abord, Philippe Squarzoni a réussi là où bon nombre de Bd autobiographiques échouent : parler de son expérience propre, apporter un témoignage sans tomber dans le nombrilisme. Il parvient à offrir aux lecteurs un outil de réflexion, une œuvre intelligente qui apporte au débat que l’on soit d’accord avec lui ou non.
 
Dans le premier tome, "Garduno en temps de paix", Squarzoni part de ses interrogations sur le monde actuel, ses doutes, et ses engagements pour dénoncer un monde qui ne lui convient pas. Il s’attaque à la fois aux pouvoirs financiers, politiques, aux médias actuels, à la surconsommation, ... De manière très claire il expose les grands enjeux de la planète, ses injustices et l’impuissance qui la paralyse. Toutes les interrogations sont là mais sans véritables solutions concrètes. Etre systématiquement dans la dénonciation peut finir par agacer... 
 
Zapata.jpgHeureusement donc le deuxième tome, "Zapata en temps de guerre", vient corriger ce méfait. Son engagement dans l'association "ATTAC" annonce le changement. Chiffres à l’appui, mais sans nous inonder, il montre comment il peut exister une solution alternative au libre échangisme. Son analyse du monde contemporain est remarquable même si l’on peut lui reprocher un combat trop axé sur les Etats-Unis qui fixent le mal de notre monde. Seulement ils sont un symbole et la première puissance économique du monde... Alors ils cherchent un peu quand même... Et puis le dialogue qu’il imagine entre les derniers présidents des Etats-Unis est tout simplement fabuleux (Nicolas dirait remarquable...). Alors juste pour ces raisons on ne lui en veut pas. Pourtant, l’auteur ne nie pas ses doutes sur la légitimité de son combat, son soutien aux combats du sous-commandant Marcos ou encore la politique même d’Attac fondée par le texte Ignacio Ramonet – qui a rédigé la préface de la BD.
 
Que l’on soit de gauche ou de droite, cette Bd ne peut pas laisser indifférent tant elle expose clairement la situation du monde dans lequel nous vivons. S’il est toutefois conscient que concrètement le combat est extrêmement difficile et les avancées quasi invisibles, il sait que sa victoire réside dans l’éradication de la « pensée unique ». Alors certains y verront un outil de propagande pour Attac, mais à ceux là, dévoilez moi ses erreurs. Les solutions à apporter sont peut être différentes, mais les problèmes eux sont réels...
 
Le graphisme pourra en dérouter sans doute quelques uns peu habitués au genre. Mais, dans la lignée de Michael Moore, on se laisse vite prendre à l’humour décalé entre le dessin et le texte. A lire pour s’informer, s’interroger et pourquoi pas s’engager.

La critique de Philippe est ici

Juste pour le plaisir, je vous livre cette petite phrase que Squarzoni a lu sur un mur de Pakrac en Croatie juste après la guerre : « Si la guerre est la réponse, ça devait être une question de merde »...
 
 
par Laurent publié dans : J'ai adoré...
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Mardi 11 septembre 2007

Sandoval.jpgRares sont les BD dont l’originalité me porte à la fois par l’histoire et le dessin. « Le cadavre et le sofa » fait partie de celles-là. Un univers étrange flotte autour d’elle et entraîne le lecteur au fil des pages, entre réalisme et fantastique. Polo, jeune adolescent, se balade autour de son village et fait deux rencontres inattendues : Sophie et le corps de Christian que tout le monde recherche en vain. Pourtant Polo et Sophie décident de ne pas prévenir les autorités immédiatement et d’offrir à Christian des adieux dignes de lui. Ils installent à sas côté le Sofa que Sophie a récupéré. Un sofa justement lié à Christian...

Servi par des dessins remarquables, l’histoire m’a captivé même si j’aurai voulu cette histoire plus longue afin d’y rentrer d’avantage. Une jolie BD du Mexicain Tony Sandoval, à découvrir absolument... et appréciée également par Philippe.
par Laurent publié dans : J'ai adoré...