Dans la toute jeune collection « Troisième Culture » (après les cultures littéraires et scientifiques, la culture des sciences humaines doit avoir sa place) dirigée par Guy Dreux, chez Thierry Magnier, Arlette Farge publie un nouvel ouvrage d'Histoire, à la portée de tous. Penchée sur la justice au XVIIIème siècle, l'historienne, directrice de recherches à l'EHESS, spécialiste de la question mais également des femmes et du peuple à la même période, nous dévoile une société où les principes d'égalité n'ont pas encore de reconnaissance ( et maintenant ?). Ayant collaboré avec Michel Foucault, l'auteur s'appuie sur les travaux du philosophe, mais également sur ses propres recherches pour nous expliquer les conditions de l'exercice de la justice.
« Le spectacle de la peine », « Poursuivi, jugé », « Police et justice quotidiennes », « Juristes et penseurs s'expriment... » sont les différentes parties qui composent ce très court ouvrage (130 pages dans un format réduit). Ils livrent les clés pour apprendre et comprendre, les degrés de peines, le rapport au corps et à la sentence, le déroulement des interrogatoires et le rôle des aveux ou encore les débats sur la peine de mort, dès le milieu du XVIIIème siècle où naissent les premières volontés de réforme de la justice, et les prémices du principe d'égalité en droit.


Un court livre d'histoire à travers lequel Arlette Farge montre qu'elle sait manier avec talent la rigueur scientifique et la vulgarisation. N'oubliant jamais de citer ses sources ou encore de glisser au détour d'une page son « goût de l'archive », elle applique à la lettre, et aux lettres, ce que bon nombre d'historiens oublient avec le succès : la méthode. Un livre qui n'est qu'un survol rapide de la question mais qui livre l'essentiel, dans un style plaisant et un ton qui en séduira plus d'un.


J'en profite pour citer du même auteur « La chambre à deux lits et le cordonnier de Tel-Aviv » (Seuil). Une oeuvre comme je les aime, qui marie art et histoire. L'auteur nous promène autour de différentes photos du XXème siècle, prétextes à faire briller quelques éclats du passé. Partant d'un présent figé, le sentiment de converser avec l'historienne sur le passé et de voir renaître d'illustres inconnus, nous guide durant toute la lecture. Un livre original dans la lignée du travail de l'auteur, qui n'oublie pas qu'un chercheur qui transmet au plus grand nombre nourrit un peu plus les passions, la sienne et la nôtre.

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